La formation à la bientraitance occupe aujourd’hui une place centrale dans les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux. Elle répond à une ambition simple et exigeante : créer les conditions du meilleur accompagnement possible pour chaque personne, en respectant ses besoins, ses choix, son rythme, sa dignité et son autonomie.
Bien conçue, cette formation ne se limite pas à rappeler des obligations ou à prévenir des pratiques inadaptées. Elle aide les équipes à construire une culture commune de l’accompagnement, à analyser les situations complexes, à faire évoluer les pratiques quotidiennes et à renforcer le dialogue entre professionnels. Elle constitue ainsi un levier précieux pour la qualité de vie des personnes accueillies, la cohésion des collectifs de travail et la dynamique qualité de l’établissement.
Ce guide présente les repères essentiels pour comprendre la bientraitance, choisir un format de formation pertinent et inscrire la démarche dans la durée, en EHPAD, à l’hôpital ou dans le secteur du handicap.
Comprendre la bientraitance : une culture positive de l’accompagnement
La bientraitance est parfois réduite à l’idée de ne pas maltraiter. Cette vision est incomplète. Si la prévention de la maltraitance est bien entendu indispensable, la bientraitance va plus loin : elle invite les professionnels à rechercher activement la réponse la plus juste, la plus individualisée et la plus respectueuse pour la personne accompagnée.
Il s’agit donc d’une démarche positive. Elle conduit à se demander, dans chaque situation : qu’est-ce qui compte réellement pour cette personne, ici et maintenant ? Cette question peut concerner un soin, un repas, un lever, une annonce médicale, une activité, une relation avec les proches ou une décision relative au projet personnalisé.
La bientraitance repose notamment sur plusieurs principes complémentaires :
- le respect de la dignité, de l’intimité et de la singularité de chaque personne ;
- la prise en compte de ses choix, de ses habitudes de vie et de son consentement ;
- l’adaptation de l’accompagnement à ses capacités, à ses difficultés et à son évolution ;
- la recherche de son autonomie, y compris lorsque celle-ci est limitée ou fluctuante ;
- la qualité de la relation entre la personne, ses proches et les professionnels ;
- la vigilance collective face aux situations pouvant générer de la souffrance, de la négligence ou de la maltraitance ;
- le respect des professionnels, de leur expertise et des contraintes concrètes auxquelles ils font face.
Cette dernière dimension est essentielle. Une démarche de bientraitance ne peut pas reposer sur une injonction abstraite adressée à des équipes déjà engagées dans un travail exigeant. Elle gagne en efficacité lorsqu’elle reconnaît la réalité du terrain, les organisations, les contraintes de temps, les difficultés de coordination et l’usure professionnelle. La bientraitance des personnes accompagnées se construit aussi grâce à des professionnels écoutés, soutenus et capables de réfléchir ensemble à leurs pratiques.
De la « bien-traitance » à la bientraitance : repères historiques
Le terme de bientraitance est relativement récent. Il apparaît en France à la fin des années 1980, dans le champ de la petite enfance. À l’origine, il s’écrivait fréquemment bien-traitance, avec un trait d’union, afin de souligner sa construction en miroir de la notion de maltraitance.
Le concept a notamment été porté dans le cadre de réflexions sur les conditions d’accueil des jeunes enfants confiés à des pouponnières. Il visait déjà à dépasser la seule absence de mauvais traitements pour promouvoir une manière d’être avec l’autre, fondée sur le respect, l’attention et l’ajustement aux besoins de personnes particulièrement vulnérables.
À partir des années 1990 et 2000, la notion s’étend progressivement à l’ensemble des secteurs sanitaire, social et médico-social. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des droits des usagers et des patients, notamment autour de trois textes majeurs :
- la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale ;
- la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ;
- la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance.
En 2008, l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux, alors appelée ANESM, publie une recommandation-cadre consacrée à la bientraitance. Elle y présente la bientraitance comme une démarche collective qui consiste à identifier le meilleur accompagnement possible pour la personne, dans le respect de ses choix et avec une réponse adaptée à ses besoins.
L’ANESM a ensuite été intégrée à la Haute Autorité de Santé, ou HAS, en 2018. Depuis, la bientraitance est pleinement intégrée aux démarches qualité, aux recommandations de bonnes pratiques, à l’évaluation des établissements et services sociaux et médico-sociaux, ainsi qu’aux enjeux de qualité et de sécurité des soins dans le secteur sanitaire.
Pourquoi la formation à la bientraitance reste incontournable
La bientraitance demeure une priorité forte pour les établissements. Elle est présente dans les référentiels qualité, dans les exigences liées à l’évaluation des ESSMS et dans les démarches de certification ou d’amélioration continue. Elle fait également l’objet d’une attention croissante dans les politiques publiques de prévention et de traitement des maltraitances.
La HAS a notamment publié en 2024 un guide consacré à la bientraitance et à la gestion des signaux de maltraitance en établissement. Ce cadre contribue à structurer les pratiques, notamment autour de la prévention, du traitement des alertes et de l’organisation de fonctions de référents formés.
Pour autant, l’intérêt d’une formation ne se limite pas à répondre à un cadre réglementaire. Elle apporte des bénéfices concrets aux établissements et aux équipes :
- clarifier des repères partagés sur les droits, le respect, le consentement et l’individualisation ;
- renforcer la cohérence entre les professionnels, les services et les horaires de travail ;
- favoriser l’expression de situations difficiles ou de tensions du quotidien ;
- améliorer la communication avec les personnes accompagnées et leurs proches ;
- faire émerger des solutions réalistes, adaptées au fonctionnement de l’établissement ;
- prévenir les dérives relationnelles, organisationnelles ou institutionnelles ;
- valoriser l’engagement professionnel et donner du sens aux pratiques de soin ou d’accompagnement.
Une formation réussie peut devenir un moment fédérateur. Elle permet de redonner une place centrale à la relation humaine, sans nier la technicité des métiers ni les contraintes de l’organisation. Les équipes repartent avec un vocabulaire commun, des repères opérationnels et, idéalement, des décisions concrètes applicables dans leur environnement de travail.
Les principales motivations pour organiser une formation
Chaque établissement a ses propres raisons de mettre en place une formation à la bientraitance. Identifier cette motivation dès le départ est une étape stratégique, car elle influence le contenu, le format, la composition des groupes et le suivi à prévoir.
Inscrire la bientraitance dans une démarche qualité
De nombreux établissements souhaitent consolider leur projet d’établissement, leur projet de soin ou leur démarche qualité. La formation permet alors de transformer un principe institutionnel en pratiques quotidiennes observables : respect des habitudes, attention à l’intimité, participation de la personne, coordination avec les proches, transmissions plus qualitatives ou encore adaptation de l’organisation.
Préparer une évaluation ou une certification
Dans le secteur médico-social, la bientraitance traverse le référentiel d’évaluation des ESSMS. Dans le secteur sanitaire, elle rejoint les enjeux de qualité, de sécurité, de droits des patients et d’expérience vécue. Former les équipes permet de mieux comprendre les attentes, mais surtout de rendre la démarche crédible et vivante au quotidien.
Accompagner l’arrivée de nouveaux professionnels
Le renouvellement des équipes, les mobilités internes, le recours à des remplaçants ou à des professionnels intérimaires peuvent fragiliser les repères communs. Une formation constitue alors un excellent moyen d’accueillir les nouveaux arrivants dans une culture partagée, sans se contenter de transmettre des procédures.
Répondre à une situation sensible
Une plainte, une tension avec une famille, un événement indésirable, un signalement ou un constat de dysfonctionnement peuvent conduire un établissement à engager une formation. Dans ce contexte, l’enjeu est de transformer une situation difficile en opportunité d’apprentissage collectif. La formation doit alors éviter toute logique de jugement et créer un espace permettant de comprendre les mécanismes en jeu, de restaurer le dialogue et de construire des améliorations concrètes.
Renforcer la cohésion et prévenir l’usure
La bientraitance peut aussi constituer un projet managérial positif. Elle favorise l’entraide, la reconnaissance des métiers, la coopération pluridisciplinaire et la capacité des équipes à aborder les difficultés avant qu’elles ne se transforment en crises. Cette dynamique est particulièrement précieuse dans les secteurs marqués par une forte charge émotionnelle et relationnelle.
Choisir le bon format de formation à la bientraitance
Les organismes de formation proposent aujourd’hui des formats variés : e-learning, classes virtuelles, formations inter-établissements, ateliers courts, journées de sensibilisation ou parcours plus longs. Chaque option a son utilité. Toutefois, pour faire évoluer les pratiques collectives, le présentiel en intra offre souvent les meilleures conditions de réussite.
Pourquoi privilégier le présentiel en intra
Une formation en intra réunit les professionnels d’un même établissement, ou d’une même unité, sur leur lieu de travail ou dans un environnement directement lié à leurs réalités. Ce format facilite l’analyse des situations vécues et permet de faire émerger des solutions réellement applicables.
La bientraitance ne relève pas uniquement de connaissances théoriques. Elle se joue dans des gestes, des mots, des arbitrages, des habitudes d’équipe et des organisations. Elle demande donc du dialogue, de l’écoute et une capacité à confronter les points de vue dans un cadre respectueux.
Le présentiel en intra favorise notamment :
- le partage d’expériences entre collègues ;
- l’analyse de situations concrètes rencontrées dans l’établissement ;
- la construction d’accords d’équipe sur des pratiques sensibles ;
- l’identification de freins organisationnels ;
- l’implication de professionnels exerçant des métiers différents ;
- la mise en place d’actions immédiatement transposables.
La place utile du e-learning et des classes virtuelles
Les outils à distance conservent un intérêt réel. Ils sont particulièrement adaptés pour transmettre des notions de base, actualiser des repères réglementaires, diffuser une information homogène ou préparer une session en présentiel. Ils peuvent également accompagner la formation de référents ou servir de rappel entre deux temps collectifs.
En revanche, utilisés seuls, ces formats sont moins adaptés à l’analyse des pratiques, à l’expression des difficultés et au travail sur les postures relationnelles. Ils gagnent donc à être intégrés dans un parcours hybride, au service d’une démarche plus large.
Adapter la formation au public accueilli
Une formation à la bientraitance est d’autant plus utile qu’elle est ancrée dans la réalité des personnes accompagnées. Les repères généraux sont communs, mais les situations concrètes diffèrent fortement selon qu’il s’agit d’un EHPAD, d’un service hospitalier ou d’une structure accompagnant des personnes en situation de handicap.
| Contexte | Enjeux fréquents | Exemples de pratiques bientraitantes |
|---|---|---|
| EHPAD et grand âge | Dépendance, troubles cognitifs, intimité, fin de vie, rythmes de vie, relation aux familles | Respecter le rythme de la personne, préserver ses capacités, favoriser le choix, soigner la relation lors de la toilette et des repas |
| Hôpital et secteur sanitaire | Urgence, technicité, douleur, information, consentement, pudeur, parcours parfois court | Humaniser le soin technique, expliquer les actes, recueillir le consentement, prendre en compte le vécu du patient |
| Secteur du handicap | Projet de vie, autodétermination, communication adaptée, citoyenneté, vie affective et familiale | Soutenir la prise de décision, ne pas infantiliser, adapter les outils de communication, respecter les choix de vie |
La formation bientraitance en EHPAD
En EHPAD, les équipes accompagnent souvent des personnes très âgées, parfois atteintes de troubles neurocognitifs, avec des besoins de soins et d’aide importants. La bientraitance s’incarne dans de nombreux moments ordinaires : lever, toilette, habillage, repas, déplacements, animation, sommeil, gestion de la douleur, relation avec les proches et accompagnement de la fin de vie.
Les thèmes de travail peuvent notamment porter sur :
- le respect du rythme et des préférences de la personne ;
- la préservation de l’intimité lors des soins d’hygiène ;
- l’autonomie restante et le risque de faire systématiquement à la place ;
- l’alimentation, l’hydratation et le plaisir de manger ;
- la liberté d’aller et venir ;
- l’utilisation raisonnée des mesures de restriction ou de contention ;
- la communication avec les personnes désorientées ;
- la relation de partenariat avec les familles.
La valeur ajoutée d’une formation bientraitance ehpad est d’aider les équipes à concilier sécurité, organisation et respect de la personne, sans opposer artificiellement ces exigences.